Christophe André, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris est spécialisé dans la prévention des rechutes (stress, anxiété, dépression, etc.). Il propose à ses patients diverses techniques de prévention dont la méditation qui occupe aujourd’hui une place importante dans sa pratique. Dans cette vidéo, il nous livre ses enseignements sur la méditation, comment il l’utilise dans son cabinet à des fins thérapeutiques et comment elle fonctionne.

Quel enseignements retenir de cette vidéo ?

– La méditation est un entraînement de l’esprit
L’idée selon laquelle notre cerveau pourrait nous obéir volontiers est quelque peu erronée. De la même façon qu’un sportif peut muscler son corps dans le but d’accroître ses capacités physiques, la méditation est un entraînement de l’esprit pour tenter de muscler certaines capacités et ce quasi-quotidiennement.

– La méditation comme antidote de nos styles de vie et de ses dérives
Nos modes de vie nous amènent à être de plus en plus dispersés (répondre à diverses sollicitations, interruptions, accrochage de l’attention) et l’invasion digitale accentue cruellement ce phénomène. Cette tendance pourrait nous amener à devenir des “machines à réagir” si nous n’y prenions pas garde.

A la manière d’un antidote, la méditation vient compenser les carences de calme, de continuité et de lenteur en ouvrant des plages de réparation. Il s’agit de refaire une place à notre monde intérieur, à l’introspection et à la stabilisation intérieure. 

– Le cerveau est une machine à penser, l’être-humain sélectionne les pensées

Notre cerveau produit des pensées, nous propose des interprétations, des hypothèses, des déductions, des conclusions. Mais c’est finalement nous qui choisissons de se focaliser sur certaines de ces pensées. Parce qu’elles nous semblent plus importantes, ou parce qu’elles sont véhiculées par des émotions plus intenses, ou encore par habitude.

– La méditation aide à mieux répondre à ce qui se passe dans notre vie

Au quotidien, nous pouvons réagir par automatisme aux situations qui nous sont présentées. Nous produisons une réaction, qui ne nécessite pas que l’on s’arrête d’agir. La méditation aide à offrir une réponse lucide, intelligente et consciente à ces situations. S’oppose ici la réaction automatique à la réponse lucide et consciente.

– Convoquer sa conscience pour se libérer de son passé et de ses tendances

Certes, ces réactions automatiques sont prescrites par notre cerveau. Seulement notre cerveau agit en fonction de notre tempérament et de notre part biologique, de notre passé et de notre histoire psychologique. Notre part de libre arbitre (ce que je veux) et nos valeurs de vie sont finalement peu convoquées la plupart du temps.

Pourtant, ce que nous souhaitons peut parfois nous libérer de notre passé, de nos tendances. Si nous ne convoquons pas notre conscience et notre attention, nous serons guidés par ces influences automatiques et anciennes.

– La méditation aide à ne pas surajouter des souffrances au réel

La méditation aide à mieux voir comment notre esprit nous piège, nous embarque dans des souffrance surajoutées au réel. Et ce simple travail n’est pas facile. Les ruminations par exemple nous amènent dans un monde virtuel à partir du monde réel. A partir des soucis du monde réel, les ruminations apportent un deuxième front virtuel de souffrance.

Ce qu’apprend la méditation c’est de ne pas ajouter ce deuxième front virtuel qui, insidieusement, joue un rôle considérable dans notre quotidien.

– La méditation pour affûter sa capacité de prise de conscience et de discernement

  • Pour prendre conscience de ce qui se passe à l’intérieur de son esprit, comme voir démarrer les ruminations.
  • Pour prendre conscience de ce qui est en train de se jouer dans le réel et ce qui se passe dans notre esprit.
  • Pour prendre conscience qu’il s’agit de deux mondes bien différents : le réel et le virtuel.

Parfois, le virtuel a du bon, parfois non. Il faut en tout cas prendre le temps de voir ces processus à l’oeuvre. Quelle virtualité notre cerveau est en train de construire à partir du réel, chose que l’on fait trop peu souvent.

– Une méthodologie simple et des retombées paradoxales

Il s’agit à chaque fois que la souffrance survient, de s’arrêter, se poser et de faire un exercice de prise de conscience :

  • “Qu’est-ce qui t’arrive, comment cette souffrance s’inscrit dans ton corps, qu’est-ce qu’elle engendre comme impulsion (pleurer, crier etc.) ?”
  • “Quelles sont tes pensées ? Que disent ces pensées ? Est-ce qu’elles correspondent à ce que tu es en train de vivre ?”

Tout ce travail va peut-être augmenter la souffrance dans un premier temps mais très rapidement va aider à la traverser différemment, plus intelligemment, consciemment et apprendre à faire la part des choses. Qu’est-ce qui relève de la problématique et qu’est ce qui relève d’une lecture de la réalité.

– La méditation comme laboratoire d’observation de notre esprit

En méditation, il s’agit de prendre conscience de sa tristesse, de son inquiétude. Mais cet état d’observation, n’est pas contaminer par ces émotions. Je suis simplement conscient d’être conscient. Se rendre compte de ce qui se passe en soi, et de ce fait, réussir à être un peu plus libre par rapport à ce que ses automatismes nous dicteraient de faire. Réaliser et se dire “Est-ce que c’est vraiment ça que tu veux faire ou non ?”

– La méditation modifie le fonctionnement du cerveau

Beaucoup d’études de neuroimagerie montrent que la méditation permet d’activer certaines zones du cerveau. Elle aide aussi à améliorer la réponse immunitaire, diminue le niveau d’inflammation de l’organisme et freine le vieillissement cellulaire. Une véritable cure de jeunesse du corps et de l’esprit.